Le blog du CEPII

Bangladesh : deuxième exportateur mondial dans le secteur du textile

Le Bangladesh a émergé dans le domaine de l’habillement à partir des années 1990, en exploitant, comme de nombreux pays en développement avant lui, « l’avantage » du coût extrêmement bas de sa main-d’oeuvre.
Par Agnès Chevallier
 Faits & Chiffres du 7 mai 2013


Le Bangladesh est le plus peuplé (150 millions d’habitants) des 48 « pays les moins avancés » définis par l’ONU. Le revenu par tête, en parité de pouvoir d’achat, ne représente que 4% de celui des États-Unis. La vulnérabilité du pays provient de son exposition aux cyclones et inondations et à la très forte concentration de ses revenus sur deux postes : les exportations d’habillement et les remises des travailleurs émigrés (graphique 1 et tableau 1).

Le Bangladesh  a émergé dans le domaine de l’habillement à partir des années 1990, en exploitant, comme de nombreux pays en développement avant lui, « l’avantage » du coût extrêmement bas de sa main-d’œuvre (graphique 2). Avec 5% des exportations mondiales dans de ce secteur, il occupe depuis 2009 la deuxième place derrière la Chine (38%).

La comparaison des coûts horaires de travail dans le textile effectuée régulièrement par le cabinet Werner indiquait qu’en 2008 les coûts bangladais, au taux de change courant, étaient les plus bas du monde : 50 fois moins élevés que ceux des États-Unis par exemple. Les écarts de productivité du travail sont évidemment bien moindres, particulièrement dans la confection qui reste, partout dans le monde, très intensive en main-d’œuvre. La différence, partagée tout au long de la chaîne qui va des donneurs d’ordre internationaux aux ateliers bangladais, et de là, via les distributeurs, aux consommateurs européens ou américains, est suffisamment importante pour avoir suscité la création de milliers d’unités de production. On estime qu’elles emploient 3,5 millions d’ouvriers, sur un total mondial de 40 millions. La plupart des emplois sont sans contrat et sans aucune protection sociale. La répression des organisations syndicales et la corruption rendent largement ineffectifs la législation sociale et les règlements de sécurité. Le 24 avril 2013, l’effondrement de l’immeuble industriel du Rana Plaza près de Dacca, qui hébergeait cinq ateliers textiles et 3 000 ouvriers, a causé la mort de plusieurs centaines d’entre eux. Cet accident, le plus meurtrier, est loin d’être le premier. Depuis 2005, plus de 600 ouvriers du textile bangladais avaient déjà péri dans des incendies d’usines.

L’Union européenne ne peut pas rester insensible à cette situation. Son ouverture commerciale a été un puissant instrument du développement des exportations du Bangladesh dont elle constitue le principal débouché. Selon le dispositif « Tout sauf les armes » datant de 2001, l’UE accorde en effet un accès libre de droits de douane à tous les produits de ce pays comme à ceux de tous les PMA (parmi eux, le Bangladesh et le Cambodge sont les deux seuls exportateurs de produits manufacturés). L’assouplissement au 1er janvier 2011 des règles d’origine de son Système généralisé de préférences (SGP, destiné à l’ensemble des pays en développement) a été largement mis à profit par le Bangladesh. L’Union européenne n’a donc plus rien à proposer sur le plan commercial pour inciter ce pays à respecter les conventions internationales relatives aux droits sociaux, comme elle tente de le faire vis-à-vis des autres pays en développement au travers du SGP+. Il n’est pas question non plus pour l’Union européenne de limiter ses importations en provenance du Bangladesh. Le développement de l’industrie de l’habillement continue d’être un facteur important du recul de la pauvreté qui touchait près de 60% de la population bangladaise en 1992 et moins d’un tiers en 2010.

L’action de l’UE en direction des firmes européennes pourrait constituer un volet plus efficace. En novembre 2012, plusieurs syndicats et ONG bangladais et internationaux et deux multinationales du textile sont parvenus à élaborer une convention sur la sécurité des bâtiments et la protection contre les incendies par laquelle les firmes signataires s’engageraient à améliorer la sécurité sur les sites de production et à financer les mesures nécessaires. En janvier dernier, le Parlement européen a adopté une résolution [1] invitant l’ensemble des marques de textile à soutenir cet effort et tous les acteurs concernés, y compris la Commission, à collaborer pour un système d’étiquetage volontaire permettant de certifier qu’un produit est fabriqué dans les normes fondamentales du travail de l’Organisation internationale du travail (OIT). Cet étiquetage est réclamé depuis longtemps par plusieurs ONG. La sauvegarde de leur réputation auprès de consommateurs mieux informés pourrait en effet rendre les firmes plus soucieuses des conditions de production des articles portant leurs marques.

Chacun des dispositifs envisageables n’a sans doute qu’une efficacité limitée. Mais chacun contribue à lutter contre la dilution des responsabilités qui résulte de la multiplication des intervenants dans les chaînes de production mondiales. C’est une dimension que les dispositifs européens ne devraient plus ignorer.

 
Graphique 1 - Recettes courantes du Bangladesh en % du PIB


Tableau 1 - Part de l'habillement dans les exportations (%)
 



Graphique 2 - Exportations mondiales d'habillement : part des principaux exportateurs du "Sud" dans le commerce mondial (en %)
 

[1] Parlement européen, « Résolution sur les victimes d’incendies survenus récemment dans des usines textiles, en particulier au Bangladesh », 17 janvier 2013.
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