Le blog du CEPII

Les dissonances du sommet européen

Retranscription écrite de l'émission du 28 juin "Les idées claires d'Agnès Bénassy Quéré", chronique hebdomadaire sur France Culture le jeudi matin à 7h38
Par Agnès Bénassy-Quéré
 Audio du 28 juin 2012


 

Il y a 230 ans, l’artiste européen Mozart composait son quatuor « les dissonances ». Cet après-midi et demain, nos dirigeants vont interpréter à Bruxelles une sorte d’octuor des dissonances, lui-même formé de deux quatuors. Le premier est particulièrement mal accordé. Angela Merkel y tient le premier violon tandis que François Hollande, Mario Monti et Mariano Rajoy se partagent les autres instruments. Il semble que leur répétition vendredi dernier à Rome se soit mal passée. Au-delà d’un court prélude sur la croissance et les taxes financières, ils n’ont réussi à se mettre d’accord ni sur la tonalité, ni sur le tempo. La partition d’Angela Merkel, adagio, met l’accent sur l’union budgétaire, entendue comme un abandon partiel de souveraineté : chaque Etat membre devra accepter l’intrusion de ses partenaires dans ses affaires nationales, par exemple sur la question des retraites. Sans avancées sur ce sujet, l’Allemagne refuse de regarder la partie des autres. Celle de François Hollande, allegretto, parle de mutualisation des dettes publiques. Le thème principal est que, dans son ensemble, la dette publique de la zone euro n’est pas insurmontable si l’on s’y met à 17. Cette partie de violon 2 comporte un grand nombre de variations all’inglese : eurobonds, eurobills, blue bonds, safe bonds, redemption fund. La partie de Mariano Rajoy est, quant à elle, un ostinato sur le thème de l’union bancaire. L’Espagne vient d’appeler à l’aide pour ses banques mais aimerait confiner l’intervention européenne à la sphère bancaire, lui évitant ainsi de passer par la moulinette de la troïka. Quant à Mario Monti, il joue sa partie prestissimo. Ce bon élève s’impatiente d’obtenir des institutions européennes les bons points que le marché lui refuse. En rachetant la dette italienne sur le marché, le fonds de secours européen ou la BCE ont le pouvoir de faire baisser son taux d’intérêt, récompensant ainsi les efforts d’ajustement.

A côté de ce quatuor dissonant, il y a un second quatuor, celui des présidents européens. Mario Draghi – le président de la BCE - tient sans conteste le premier violon, avec pour partenaires Herman van Rompuy (président de l’Union européenne), José Manuel Barroso (président de la Commission européenne) et Jean-Claude Juncker (président de l’Eurogroupe). Eux se sont entendus sur une partition unique, certes minimale et un peu lente, mais correctement harmonisée. Ils proposent une union bancaire impliquant simultanément un transfert au niveau européen de la surveillance des banques et la mise en place d’un dispositif d’assurance des dépôts et de résolution des crises bancaires ;  mais aussi une union budgétaire avec co-décision, au niveau européen, des politiques budgétaires nationales et, à moyen terme, la possibilité d’émettre des eurobonds. Bref, ce second quatuor propose l’union bancaire et l’union budgétaire, les eurobonds venant ensuite. De quoi mécontenter à la fois Angela Merkel, qui ne veut pas entendre parler d’eurobonds, François Hollande qui les veut tout de suite, Mariano Rajoy, qui ne veut pas d’union budgétaire et Mario Monti, qui ne voit rien venir en matière de baisse des taux d’intérêt. Pour ne pas être déçu du résultat, il faudra considérer ce sommet comme une répétition même pas générale et surtout pas comme le concert final. Rappelons que la musique de chambre se joue sans chef, n’en déplaise aux 1ers violons ! Et qu’après tout, Mozart l’a montré, des dissonances peuvent finalement engendrer un chef d’œuvre.
Europe 
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